the interview of les betteraves.
PxY : Tu peux nous faire une rapide introduction du groupe ?
Meuh (chant et un peu guitare) : On s'est formé y a un peu moins de trois ans. Au début l'année on a changé de bassiste et on vient de sortir un album 19 titres sur Creon music.
PxY : Les textes sont très drôles, mais très durs en même temps. Je me demandais si le but c'était de faire des textes rigolos pour se foutre de nos amis punks à chiens ou c'est une manière détournée de faire passer un message ? Vous abordez des termes sérieux comme le suicide...
Nounours (batterie et un peu chant) : Il n'y a aucuns messages.
M : C'est aussi de la provoc ' comme pour « Suicide Festif ». On profite du fait que cela soit de la provoc de parler de tels thèmes, ça choque les gens qu'on soit pour le suicide ou l'euthanasie, pour faire une chanson marrante qui les fasse réfléchir sur un truc sérieux. Un peu comme des messages subliminaux (rire). Les mecs écoutent, font « Ah ah ! c'est rigolo » et en fait dans leur tête ça change...
N : J'avais jamais compris ça comme ça ! Je croyais que c'était que pour délirer ! (rire)
M : Et oui maintenant inconsciemment tu es pour le suicide (rire) On essaye de ne pas faire de chansons engagées, ou plutôt trop engagées directement, parce que d'une part on ne sait pas les faire, on a l'air con, et de l'autre parce que personne ne fera jamais mieux que les Bérus. Notre sauce c'est de faire en déconnant, j'ai pas envie que les mecs qui viennent aux concerts fassent la tronche et qu'ils aient la même tête que ceux qui vont aux meetings de LePen même s'ils ont des idées opposées.
PxY : Tu ne veux pas prêcher pour des convertis ?
M : Oui, il y a beaucoup de gens qui viennent à nos concerts et ils n'ont jamais entendu parler d'euthanasie. Ca peut peut-être leur faire prendre conscience qu'au Chiapas y a des mecs qui se font massacrer pendant la coupe du monde.. Enfin bon ca c'est de la branlette ! (Rire) Ya beaucoup de trucs qui n'ont aucun sens aussi ou sinon le sens arrive après. Et puis les chansons anti-LePen ça se chantent, ça ne s'écoutent pas ! (rire)
PxY : Je voulais revenir sur « Sportifs = Crétins ». Pourquoi tant de haine ? C'est super sympa le sport, tu peux monter des escaliers sans souffler...
M : Je pense que c'est mieux de monter ses escaliers pour s'entraîner à les monter que d'aller taper sur des mecs ou courir comme un con derrière un ballon et profiter de tout le monde en train de te regarder pour que l'état mexicain massacre des indiens. Voilà c'est tout. Je suis vénère moi aujourd'hui (rire)
PxY : Vous le prenez mal si je dis que les Betteraves sont un mélange entre Suicide Machines et Wampas ?
M : Ca le fait carrément ! Le premier album des Suicide Machines et les premiers des Wampas voir le live !
N : On n'a pas essayé de mélanger, ni de faire un truc particulier. On n'avait aucun objectif.
M : Le côté Wampas se serait plus pour l'attitude sur scène, car il écrit de bien meilleurs textes que moi.
PxY : Ses textes sont plus enfantins que les tiens...Peut être quand tu auras dix ans de plus ?
M : Quand je serais plus mature j'écrirais des textes plus enfantins (rire)
PxY : Dans « Rock sound » tu définissais les Betteraves comme un « groupe de punk bourgeois ». Je trouvais marrant ce décalage par rapport à tous ces groupes qui se croient encore en 82...
M : En fait, on vit encore chez nos parents qui ont du fric, enfin pas pour tout ceux du groupe. On l'a pas choisi, on est comme ça. C'est pas parce que tes parents ont du fric que tu vis dans le luxe ou que tu aspires à avoir un mode de vie bourgeois. Ca nous fait marrer de dire ça, car il y a beaucoup de gens, en particulier certains groupes de punk engagés, qui nous critiquent parce que nous ne sommes pas des prolétaires alors qu'eux ne le sont pas forcément. Nous on s'en fout d'être bourgeois. On serait Noir, on ferait du punk et on en n'aurait rien à foutre d'être Noir. C'est contre le fascisme idéologique qu'il y a dans la scène punk actuellement. Ca reste de la provoc. Je pense que NTM sont plus bourgeois que nous ( rire) ! Avant tout on fait de la musique.
N : C'était un clin d'½il et un pied de nez à ceux qui cherchent toujours ce qu'il y a derrière la musique.
PxY : Le gros problème de la scène punk c'est qu'elle tourne en rond en étant fermée sur elle-même. Ce sont toujours les mêmes fanzines, les mêmes groupes, les mêmes codes etc...
M : Les codes de la scène sont de bons codes. On a décidé d'être en dehors de ça, mais on apprécie ceux qui sont dedans. Ils ne nous apprécient pas ben tant pis pour eux. Il y en a beaucoup aussi qui s'enlèvent de ces normes, grâce ou à cause de nous.
PxY : On ne devrait pas envisager une évolution de cette scène à l'identique de la scène neo-metal ? Ouverture sur un publique plus large, promotion et marketing. Pleymo arrive grâce à cela à toucher des gens qui n'écoutent pas forcement de la musique extrême.
M : J'aime beaucoup musicalement le premier Pleymo. Mais l'esprit de ces groupes là est à l'opposé du notre. Si on est allé sur un label ( qui est tout petit, le Goéland à côté c'est une multinationale) qui est distribué par Virgin, ce n'est pas pour vendre des disques mais que les gens puissent les acheter. Les groupes qui vont sur des majors c'est pour vendre des disques, pour pouvoir en vivre, qui aspirent à un mode vie que nous on rejète alors que l'on est dedans. Comme le disait le mec de Svinkels, les rappeurs ont rien et ils veulent tout avoir alors que les punks ont tout et qu'ils ne veulent rien avoir.
N : On n'a pas la prétention de vouloir vivre de notre musique. On n'est qu'un groupe suivi par 50 lycéens.
PxY : Oui enfin, y a plus 30 000 visiteurs sur votre site...
M : Mais combien y vont 4 fois par jour ? C'est vrai qu'il y a un interêt qui a augmenté depuis que nous sommes distribués partout. Les mecs vont à la FNAC, voient la pochette et font qu'est ce que c'est cette merde ! Ils vont sur le site et viennent aux concerts.
N : C'est pas plutôt l'inverse. « Ah une jolie pochette propre » et hop le cd dans la chaîne : c'est quoi cette merde ? ! ? (rire)
PxY : Quand tu écoutes le disque il y a des moments hyper travaillés, hyper chiadés et il y aura des moments où votre côté « branleur - approximatif - fait exprès » prendra le dessus.. Pourquoi ne pas faire un truc hyper propre et chiadé à 100 % alors que vous en avez le niveau ?
M : Ca nous prends la tête ! on ne veut pas faire de la musique juste pour faire de la musique. On fait cela pour s'éclater et pour que les gens s'éclatent aussi.
N : J'imagines que les gens qui écoutent les Betteraves le font en ne se disant pas « ouah, c'est trop bien musicalement ». (rire)
M : C'est agréable à jouer les trucs un peu techniques, mais si tu fais que ça tu tombes dans le Satriani et ça ne nous intéresse pas. Mais d'un côté ça jète et ça met la patate. C'est comme dans la vie, si tu es trop sérieux tu es aussi chiant que si tu déconne tout le temps. Les mélange des deux rend la personne intéressante. On a aussi envie de travailler dans l'urgence et de bosser à l'arrache. Et puis on est fan de trucs hyper chiadé genre Dillinger Escape Plan et aussi de Ludwig !
PxY : Je vous soupçonne d'envier les groupes de rap parce qu'il y a des remix rap de vos chansons, des featuring sur votre album - Bref que des codes hip hop !
M : Dans la culture hip hop il y a plein de côté positif comme cet esprit de famille, qui malheureusement souvent se termine en clan. Pour les featuring, ca nous faisait marrer que Vérole qui se donne une image vachement négative / detroy genre je veux mourir jeune alors qu'il en a presque 40 maintenant. Dans la vie c'est quelqu'un de délire, et on a réussi sur le disque à lui faire dire des conneries et on en est très fier.
PxY : Un mot pour finir ?
Kojack (basse) : je vais être original : Consternation ! (rire)
M : Lustre !
N : je ne suis pas d'accord avec vos mots ! Et ça s'arrêtera là !
Article publié par till le 1er juin 2002



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